En septembre dernier, avant les élections législatives, je déjeunais avec une amie que j'apprécie beaucoup. Une citadine brillante, ancienne journaliste, aujourd'hui dans une grande boîte de conseil de la place. Elle me demande comment seront organisées les élections dans les provinces du Sud. À l'entendre, la résolution 2797 avait déjà réglé la question du Sahara. L'autonomie était appliquée, rideau.
C'est cette même amie qui, lorsque je lui parle de l'avenir de la MINURSO, me demande : « Mais elle se trouve où, cette MINURSO ? »
Cela m'a rappelé un féodal de ma tribu des Doukkala. Son avocat lui expliquait un jugement de la Cour de cassation en invoquant les dispositions du législateur. Notre féodal l'interrompt : « Et ce législateur, il est où ? On ne peut pas lui donner quelque chose pour arranger l'affaire ? »
On peut en rire. Mais ces anecdotes révèlent un problème : nous aimons passionnément notre pays sans toujours comprendre ce qui s'y joue.
Le 31 octobre 2025, Mohammed VI a annoncé qu'il y aurait désormais un avant et un après. La résolution 2797 a effectivement ouvert une nouvelle séquence diplomatique pour le Sahara. Mais une victoire diplomatique n'est pas un bouton sur lequel on appuie pour faire disparaître cinquante ans de conflit.
Nos médias, eux, excellent dans un sport national : transformer chaque communiqué en victoire définitive. Les chiffres défilent, les annonces triomphent, les enjeux disparaissent. À les lire, le Maroc serait déjà arrivé à destination.
C'est pourquoi nous avons créé L'UNITÉ. Pour comprendre les décisions, les pouvoirs, les rapports de force, les transformations. Pas pour distribuer des applaudissements.
À l'ère de l'intelligence artificielle, qui peut produire une infinité de textes et d'images, nous avons plus que jamais besoin de journalistes crédibles. La machine peut fabriquer des réponses. Elle ne dispense personne de poser les bonnes questions.
Je revendique pour ma part une identité politique qui risque de déranger quelques gardiens du temple : patriote, monarchiste et homme de gauche. J'ai conservé de mes lectures marxistes le goût de la justice sociale et quelques utopies tenaces. De mes origines campagnardes, l'attachement viscéral à la terre.
Quand j'écoute Jamal Zerhouni, mon B.B. King de l'Aïta, chanter « لكويرة هي لحدود » (« Lagouira est notre frontière »), je frissonne. Et lorsqu'il rappelle que « را الوطن غفور رحيم » (« la patrie est clémente et miséricordieuse »), je retrouve dans cette voix populaire tout ce que j'aime du Maroc : une terre qu'on ne cède pas, mais une patrie qui sait tendre la main à ses enfants. Mon cœur de campagnard des Doukkala y retrouve ses racines, sa fierté et ses émotions.
Et lorsque j'écoute El pueblo unido, je retrouve cette vieille conviction : un peuple uni doit aussi être un peuple libre, instruit et digne.
C'est aussi pourquoi certaines mobilisations m'interrogent.
Je défends Gaza, le peuple palestinien et son droit à vivre libre. Je condamne les crimes de guerre, sans distinction d'auteur. Mais je refuse de confondre solidarité et simplisme diplomatique. La normalisation relève de choix stratégiques qu'on peut discuter sérieusement, pas d'un concours de pureté idéologique.
Certains islamistes et militants d'une gauche radicale trouvent chaque fin de semaine l'énergie nécessaire pour dénoncer les relations avec Israël. Fort bien. Mais j'aimerais retrouver la même ardeur pour expliquer les enjeux de notre Sahara.
Le keffieh semble parfois plus facile à porter qu'un dossier géopolitique à étudier.
Je crois à la monarchie, au contrat national qui doit unir l'État et les forces vives autour du développement et de la démocratie. Et je crois que consolider notre front intérieur exige une presse capable d'informer, de critiquer et de comprendre, sans renoncer à ses convictions nationales.
Voilà l'ambition de L'UNITÉ.
Quant à CODE SOURCE, j'y apporterai mes convictions, mes contradictions, mes humeurs et quelques sarcasmes.
Le Maroc mérite mieux que des communiqués transformés en articles.
Et le patriotisme mérite mieux que des applaudissements.