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Le Maroc au-delà des moyennes

En 2024, Casablanca-Settat produit 32,3 % de la richesse du Maroc. À Béni Mellal-Khénifra, 32 % des habitants de dix ans et plus sont encore analphabètes. Les chiffres du HCP décrivent deux réalités d’un même pays. Ceux du projet de budget 2027 éclairent les investissements annoncés pour y répondre. D’une région à l’autre, les coûts des projets, les crédits proposés et leur calendrier racontent des transformations qui n’avancent pas au même rythme.

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À Fès-Meknès, le projet de loi de finances 2027 inscrit deux ouvrages hydrauliques, la surélévation du barrage Bouhouda et le barrage Bab Ouender. Leurs coûts cumulés approchent 3,7 milliards de dirhams. Pour l’exercice 2027, les crédits de paiement proposés dans le tableau des principaux nouveaux projets du Budget général atteignent ensemble 43,2 millions de dirhams. Dans ce même tableau, la construction du Grand Stade de Meknès apparaît pour un coût de 600 millions de dirhams, dont 300 millions prévus en 2027.

En 2027, les crédits proposés pour les deux barrages et pour le stade diffèrent nettement : 43,2 millions de dirhams pour les premiers, 300 millions pour le second. Les seules lignes publiées ne permettent pas d’y voir un arbitrage contre l’eau, car les calendriers de réalisation diffèrent. Le coût total d’un investissement ne détermine pas le montant de ses crédits pour une année donnée.

Cette lecture du budget intervient alors que la capacité d’action des territoires est redevenue une priorité institutionnelle. À l’ouverture de la session parlementaire du 9 octobre 2026, Mohammed VI a demandé d’accélérer la déconcentration, de préciser les compétences, de transférer les moyens nécessaires et de renforcer la coordination entre l’État et les régions. Il a également relevé des retards et des dysfonctionnements dans ces transformations. L’appel à transférer des pouvoirs ne prouve pas qu’ils ont déjà été transférés.

Le 23 octobre, le ministère des Finances a publié les documents du PLF 2027, après son adoption en Conseil de gouvernement le 20 octobre. Une note consacrée à la répartition régionale de l’investissement expose des listes de projets et leurs échéanciers. Les comptes régionaux 2024 du Haut-Commissariat au Plan et les données du dernier recensement permettent de situer ces investissements dans leur contexte territorial. Trois régions permettent de lire des choix concrets : Fès-Meknès, Béni Mellal-Khénifra et Casablanca-Settat. Elles illustrent des situations contrastées. Elles ne représentent pas, à elles seules, l’ensemble des douze régions.

Une économie nationale, des trajectoires régionales

Le Maroc a enregistré une croissance économique de 4,4 % en volume en 2024. Huit régions ont dépassé cette moyenne. Mais la richesse produite reste concentrée : Casablanca-Settat représente 32,3 % du PIB, Rabat-Salé-Kénitra 15,5 % et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma 10,7 %. Calculé à partir des montants détaillés et non des parts arrondies, leur poids cumulé atteint 58,4 %.

Cette concentration mesure la production économique, pas les revenus perçus par les habitants. Le PIB par habitant ne renseigne pas sur la répartition des richesses à l’intérieur d’une région, entre les communes ou entre les ménages.

Casablanca-Settat affiche une croissance de 4,3 % en 2024, presque au niveau national, un PIB par habitant de 67 859 dirhams et une part de 32,3 % de la production du Royaume. Fès-Meknès connaît une progression plus lente, 1,6 %, avec un PIB par habitant de 29 509 dirhams. À Béni Mellal-Khénifra, la croissance atteint 2,1 %, pour 33 725 dirhams de PIB par habitant.

L’éducation dessine une autre géographie. Le recensement 2024 mesure un taux d’analphabétisme de 19,6 % à Casablanca-Settat, de 27,5 % à Fès-Meknès et de 32,0 % à Béni Mellal-Khénifra, parmi la population âgée de dix ans et plus. La moyenne nationale s’établit à 24,8 %. Le même indicateur était de 32,2 % en 2014 : en une décennie, la proportion nationale a donc nettement reculé. Cette amélioration réelle ne supprime pas les distances entre territoires.

Les moyennes régionales recouvrent elles-mêmes des écarts entre villes, campagnes et communes. Les comptes régionaux mesurent l’activité. Le recensement décrit la population. Ni l’un ni l’autre ne remplace l’observation du fonctionnement des services publics sur le terrain.

Le PLF 2027 apporte une troisième couche : ce que les pouvoirs publics prévoient de financer.

Trois régions, trente-cinq projets, trois cadences budgétaires

Dans les tableaux des principaux nouveaux projets du Budget général, douze opérations sont recensées pour Fès-Meknès, douze pour Béni Mellal-Khénifra et onze pour Casablanca-Settat.

À Fès-Meknès, le coût cumulé de cette sélection atteint 5,19 milliards de dirhams. Les crédits de paiement prévus pour 2027 totalisent 745,95 millions. À Béni Mellal-Khénifra, le coût des projets sélectionnés s’élève à 4,99 milliards, pour 537,02 millions en 2027. À Casablanca-Settat, les onze projets affichent 1,26 milliard de coûts et 482,17 millions de crédits proposés pour 2027.

Ces montants ne sont pas des enveloppes régionales exhaustives. La sélection couvre les principaux nouveaux projets du Budget général. Les investissements des établissements et entreprises publics figurent dans un tableau séparé. Les additionner pour établir un classement des régions fausserait la comparaison.

À Fès-Meknès, les ouvrages hydrauliques absorbent une large part du coût total de la sélection, mais une part limitée des crédits proposés pour le premier exercice. Le Grand Stade de Meknès dispose, lui, de 300 millions de dirhams de crédits proposés dès 2027, soit la moitié de son coût affiché. Les trois opérations scolaires de réhabilitation, de construction et d’extension représentent un coût cumulé de 662,4 millions, avec 352,5 millions de crédits pour 2027.

À Fès-Meknès, l'État inscrit ainsi des projets hydrauliques lourds, de nouveaux équipements, des opérations scolaires et des infrastructures économiques. La programmation réunit plusieurs priorités, mais les échéanciers de crédits diffèrent fortement d’un chantier à l’autre. Le montant total annoncé ne reflète donc pas le rythme auquel les projets seront financés.

Béni Mellal-Khénifra : les besoins sociaux et le temps des projets

À Béni Mellal-Khénifra, le taux d’analphabétisme atteint 32,0 %, sensiblement au-dessus de la moyenne nationale, tandis que la croissance de 2024 s’établit à 2,1 %, contre 4,4 % pour le pays. Ces indicateurs soulignent le poids des besoins éducatifs et des équipements dans une région dont l’économie progresse moins vite que la moyenne nationale.

Le tableau budgétaire inscrit trois opérations scolaires totalisant 551,1 millions de dirhams, dont 286,1 millions de crédits proposés en 2027. Il comporte aussi un projet intitulé « Aménagement territorial de la région », pour un coût affiché de 2,7 milliards. Son échéancier inscrit 50 millions en 2027, autant en 2028 et 100 millions en 2029.

Sous l’intitulé « Aménagement territorial de la région », la note inscrit un montant considérable sans nommer, dans ce tableau, l’administration chargée de la maîtrise d’ouvrage. Le territoire du projet est identifié. Le circuit de décision ne l’est pas avec la même précision. Sans maître d’ouvrage identifié dans ce tableau, le suivi public des échéances reste moins précis.

Sur les trois exercices présentés, les crédits de paiement prévus pour ce projet totalisent 200 millions de dirhams, face à un coût affiché de 2,7 milliards. Le document ne couvre pas nécessairement toute la durée de l’opération : la différence ne peut donc être qualifiée de déficit. Elle souligne la nécessité de disposer du calendrier financier complet.

Le tableau mentionne encore un projet rural intégré lié à l’élevage dans la province de Khénifra, pour un coût de 904 millions de dirhams et 55,31 millions de crédits proposés en 2027. Cet investissement productif côtoie les opérations scolaires et routières. Le PLF en précise une partie de la programmation financière, sans fournir de résultats économiques locaux qui permettraient déjà d’en juger les effets.

Casablanca-Settat : la première région économique ne se réduit pas à son PIB

Le cas de Casablanca-Settat évite une lecture simpliste de la concentration économique. La région produit près du tiers du PIB du pays, mais son taux d’analphabétisme atteint encore 19,6 % de sa population âgée de dix ans et plus. La puissance économique n’efface pas mécaniquement les besoins en établissements scolaires, en santé, en transports ou en équipements de proximité.

Les trois opérations scolaires des principaux nouveaux projets du Budget général y représentent 699,4 millions de dirhams de coût total, dont 364,4 millions de crédits proposés pour 2027. La liste prévoit aussi une faculté de médecine et de pharmacie à Settat, dont le coût est affiché à 390 millions, pour 20 millions de crédits prévus en 2027.

Le tableau consacré aux établissements et entreprises publics raconte un autre versant, beaucoup plus capitalistique, de l’investissement. Il fait notamment apparaître le nouveau terminal de l’aéroport Mohammed V, porté par l’ONDA, avec un coût affiché de 15 milliards de dirhams et des crédits de paiement 2027 de 3,75 milliards. Une opération de lutte contre les eaux pluviales portée par la SRM Casablanca-Settat figure également dans cette catégorie.

Le Budget général et les établissements publics font apparaître deux circuits d’investissement différents. Leur lecture séparée montre que Casablanca-Settat accueille à la fois des projets de services locaux, de formation et de grandes infrastructures. Elle évite de transformer des listes distinctes en un total régional artificiel.

Les opérations inscrites à Casablanca-Settat répondent ainsi à des fonctions très différentes : formation, santé, infrastructures stratégiques et services urbains. Leur réalisation devra être appréciée projet par projet, indépendamment du poids de la région dans le PIB national.

Une progression réelle, mais pas uniforme

Cette géographie des besoins serait incomplète sans les progrès déjà mesurés. Entre les recensements de 2014 et 2024, la part nationale des ménages raccordés au réseau public d’eau est passée de 73,0 % à 82,9 %. Dans les campagnes, elle a progressé de 37,8 % à 54,6 %. C’est un gain substantiel, même si l’écart reste important avec les villes, où le raccordement atteint 97,1 % en 2024.

Ce progrès concerne le raccordement au réseau public, pas la continuité de la distribution ni la qualité de l’eau au robinet. Les données utilisées distinguent le national, l’urbain et le rural. Elles ne donnent pas, pour ces trois régions, un bilan de service directement comparable. Elles décrivent par ailleurs une évolution antérieure au PLF 2027.

Cette amélioration du raccordement à l’eau est un résultat mesuré sur dix ans. Les tableaux du PLF 2027, eux, présentent des dépenses futures par projet. Entre les deux, les documents consultés ne permettent pas d’établir, opération par opération, quelle part d’un investissement annoncé produit un changement local mesurable. Les progrès nationaux mesurés ne peuvent donc être attribués aux investissements encore programmés pour 2027.

Les projets ont une adresse. Les responsabilités restent à établir.

Dans le PLF 2027, l’investissement public national est annoncé à 400 milliards de dirhams. Les annexes régionales descendent à l’échelle des projets : un barrage, une école, une faculté, un terminal d’aéroport. Elles en indiquent le coût, parfois plusieurs années de crédits et, pour certains opérateurs publics, l’organisme concerné. À cette précision financière ne correspond pas toujours, dans les tableaux consultés, la même précision sur la chaîne de décision.

À Béni Mellal-Khénifra, la ligne « Aménagement territorial de la région » affiche 2,7 milliards de dirhams. Pour 2027, le crédit proposé est de 50 millions, puis de 50 millions en 2028 et 100 millions en 2029. Ces trois exercices représentent 200 millions, soit 7,4 % du coût indiqué. Le solde n’est pas un financement manquant démontré : la note ne donne pas l’échéancier complet. Elle rend visible un programme majeur, sans encore permettre d’en reconstituer toute la trajectoire.

Pour le nouveau terminal de l’aéroport Mohammed V, le tableau des établissements publics désigne l’ONDA. Pour la lutte contre les eaux pluviales à Casablanca-Settat, il mentionne la SRM. Plusieurs lignes des principaux nouveaux projets du Budget général n’identifient pas, elles, l’administration qui conduira les opérations. Le responsable peut être désigné dans d’autres actes, mais cette sélection budgétaire ne donne pas partout le même degré de précision. La chaîne de responsabilité apparaît ainsi clairement pour certains projets, beaucoup moins pour d’autres.

Les trois régions présentent des calendriers et des circuits de décision différents. Le PLF 2027 chiffre des projets, mais ne documente pas encore leur réalisation ni l’ensemble des responsabilités opérationnelles.

Le Maroc dispose déjà de résultats mesurables : l’analphabétisme recule, le raccordement à l’eau progresse. Les projets annoncés pour 2027 seront confrontés à cette même exigence. Les milliards inscrits dans les tableaux ne transforment aucun territoire à eux seuls. La mesure de leur utilité reposera sur les chantiers achevés, les écoles ouvertes, les ouvrages mis en service et la responsabilité clairement établie de ceux qui les conduisent.

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